Jambons et charcuteries sans nitrites : mangerez-vous vraiment plus sain ? Ce que révèle la science

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Halte-là, amis gourmands ! Le jambon rose, ce fidèle compagnon du pique-nique et de la tartine du mercredi, est-il vraiment votre meilleur ami santé ? Les charcutiers s’adaptent à nos préoccupations, mais entre jambons « sans nitrites » et charcuterie classique, qui l’emporte au rayon des produits plus sains ? Plongée (littéralement) dans les tranches et les dessous de la science.

Pourquoi tant de nitrites dans la charcuterie ?

Les nitrites – cousins proches des nitrates – forment une petite famille de quatre additifs alimentaires autorisés, y compris en bio, et sont les stars très répandues des conservateurs dans l’alimentation. Dans le jambon, ils font bien plus que donner cette jolie couleur rose digne d’une pub pour la viande : ils permettent une conservation longue durée et écartent les risques de botulisme, listériose ou légionellose. Inutile de vous dire, qu’en matière de microbes, ils assurent !

Mais voilà : dans la viande, les nitrites jouent un double jeu. Ajoutés dans nos tranches favorites, ils peuvent se décomposer en molécules nocives. Résultat : leur consommation est associée à un risque plus élevé de développer des cancers colorectaux, de l’estomac, et peut-être même du sein, de la prostate… Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a ainsi classé ces additifs comme « probablement cancérogènes ». Ça calme. L’Inserm a également mis le doigt sur un risque potentiellement accru de diabète de type 2.

À défaut de se priver, faut-il se ruiner ?

Face à ces dangers, les Français changent leur fusil d’épaule : les achats de produits « sans nitrites » ont bondi de 2,6 % en 2024 selon Kantar. Mais qui dit innovation dit aussi prix en hausse : deux tranches de jambon « sans » chez Herta s’affichent à 31,29 €/kg quand la version classique plafonne à 22,24 €/kg. Chez Fleury Michon, l’écart est comparable : 26,36 €/kg contre 19,31 €/kg. Bref, le jambon « sans » coûte cher – et il fallait bien un revers à la médaille.

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Autre nuance : selon 60 Millions de consommateurs, il n’y a quasiment pas de jambons premier prix sans nitrites. Une segmentation de marché « choquante », tacle Camille Dorioz (Foodwatch), qui salue néanmoins la mobilisation citoyenne record : plus de 500 000 signatures contre les nitrites, et une industrie qui évolue plus vite qu’ailleurs en Europe. Mais remplacés par quoi, ces fameux nitrites ?

Dans l’assiette : substituts, science et… surprise !

L’enquête prend des airs de polar alimentaire : l’équipe de Françoise Guéraud (Inrae) a observé, chez le rat, les effets de différentes méthodes. Premiers sur la sellette : les jambons enrichis en polyphénols (antioxydants) et vitamine C. Résultat ? À la surprise générale, des composés nitrosés nocifs sont retrouvés dans les fèces après digestion, tout comme avec le jambon traditionnel à base de nitrites. Même scénario pour les jambons préparés dans un bouillon de légumes à feuilles (riches en nitrates naturels) : mêmes lésions prénéoplasiques chez l’animal.

Pour Françoise Guéraud, ces substitutions industrielles sont loin d’être la panacée ; Emmanuel Ricard (Ligue contre le cancer) est même catégorique : « cette solution n’en est pas une ». Fabien Castanier (Fédération des charcutiers traiteurs) précise qu’utiliser des bouillons de légumes est plus naturel… mais cela reste un apport de nitrates, et donc de nitrites potentiels après transformation dans l’organisme.

  • Heureusement, il existe aussi des jambons élaborés avec des recettes de bouillons particuliers, non testées par l’équipe Guéraud, où le jambon perd sa couleur rose pour se faire gris.
  • Preuve par la couleur : si le jambon est gris, il est probablement vraiment sans nitrites, expliquent la chercheuse et Emmanuel Ricard – car il s’agit là de la couleur naturelle de la viande de porc cuite sans additifs.
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Attention cependant : sans nitrites, la DLC (date limite de consommation) tombe de 26 jours à… 8 à 10 jours. Pas le temps de faire trop de stocks dans le frigo !

Pour un jambon plus sain : les bons réflexes

  • Suivre la recommandation du Programme national nutrition santé : pas plus de 150 g de charcuterie par semaine.
  • Opter pour les substituts à base de dinde ou de poulet.
  • Privilégier les jambons gris, à la couleur naturelle – le rose voyant n’est pas un gage de santé !
  • Ne pas surcuire lardons, bacon, pepperoni… La surcuisson favorise la formation de nitrosamines (nocives).
  • Choisir des produits français : les taux de nitrites y sont, en moyenne, 20 % plus bas que dans le reste de l’Europe.

Enfin, la filière s’est engagée à réduire l’ajout de nitrites, passant de 120 à 90 mg par kilo de charcuterie classique. Selon l’équipe Inrae, cela diminue le risque de lésions précancéreuses chez le rat…. Mais difficile pour le consommateur de s’y retrouver : l’étiquetage des produits ne mentionne pas le taux exact de nitrites présents. Voilà une preuve que le « moins pire » n’est pas si transparent !

Conclusion : méfiez-vous des apparences, et surveillez la couleur comme la date limite. Si la science ne livre pas (encore) de saucisson miracle, un bon choix reste la modération, la curiosité pour les jambons gris et… une lecture attentive des étiquettes, même si elles restent parfois muettes sur l’essentiel.